La construction des malouinières



La prospérité de Saint-Malo date des XV et XVIèmes siècles, époque où commence le déclin de Saint-Servan. Sous les guerres du Roi Soleil, l'aventure maritime de Saint-Malo prend son envol. La guerre de course enrichit les corsaires, les prises étant partagées également entre le roi, l'armateur et l'équipage. Dans le même temps, le commerce maritime se développe: au trafic de la Compagnie des Indes s'ajoute le commerce avec les Pays-Bas (Delft), l'Italie (marbre), le Chili et le Pérou (métaux précieux), l'Espagne (cuir), sans oublier le commerce triangulaire Afrique – Antilles – Europe (trafic d'esclaves). L'architecture se développe aussi sous l'influence de Garangeau et des techniques de la construction navale (charpentes des chapelles en forme de coques de bateaux).

L'architecture malouine des années 1710 est très nettement représentative de la marque des ingénieurs de Roi (Garangeau, disciple de Vauban et son équipe). Cela confère à la ville de Saint-Malo une unité et une majesté classique, mais aussi une austérité presque militaire. L'utilisation du granit de Chausey était systématique. Les toits sont très hauts, les cheminées servent à raidir les pignons. Jusqu'au XVII ème siècle, les ouvertures sont percées selon les besoins. Au XVIIIème siècle, elles sont symétriques et alignées (architecture militaire). Les négociants rentabilisent leurs investissements en louant des appartements. Certains firent même construire de véritables hôtels avec cour, jardin, écuries, magasins; ainsi, Guillaume Eon rue Saint-Vincent et François-August Magon de la Lande, rue d'Asfeld.


Jusqu'au début du XVIII ème siècle, les bourgeois malouins se contentaient de réaménager sommairement le logis traditionnel de la ferme qu'ils avaient achetée ou de petits manoirs (Limoëlou, Le Parc, La Coudre). Ces résidences se multiplièrent sur l'ensemble du territoire du Clos Poulet, puis s'étendirent vers l'ouest et vers le sud, vers Dinard (manoir de Haux, Montmarin, St Busq). Des terrains furent gagnés sur la mer, permettant le développement urbain de Saint-Malo. C'est aux alentours de 1710 que naît véritablement un nouveau type de résidences secondaires que l'on peut désormais désigner par l'expression de « malouinière » (la Giclais, le Lupin, la Chipaudière, la Balue, le Bosc, Hôtel d'Asfeld). Le style de Garangeau est très net.
 

«Les malouinières constituent un nouveau type de demeure noble non seulement par l'ordonnance architecturale du logis, mais aussi par l'organisation générale très ordonnée des éléments traditionnels de la résidence aristocratique : parc enclos de grands murs, colombier, chapelle, communs... »

Mme F. Hammon


La plupart des malouinières furent construites entre 1680 et 1730, dans un rayon de douze kilomètres autour de Saint-Malo, par les armateurs malouins voulant échapper à l'univers congestionné de la ville (20000 habitants en 1750 – 2500 aujourd'hui) tout en restant assez proches (deux heures à cheval) pour pouvoir s'occuper de leurs navires et de leurs cargaisons. Elles sont situées à l'intérieur du «Clos Poulet» qui signifie pays d'Aleth (région malouine) du nom du camp gallo-romain de la citadelle de Saint-Servan, point de départ vers la Cornouaille où l'on chargeait l'étain.

Ces propriétés étaient entourées de quelques hectares de terres, acquises au coup par coup, ce qui permettait d'agrandir le domaine. Il existe plusieurs dizaines de malouinières dans les environs de Saint-Malo et dans tout le pays de Rance.

On retrouve ce phénomène autour d'autres grands ports comme Nantes, Bordeaux ou Marseille. Cela était dû à la surpopulation intra-muros ainsi qu'au manque d'hygiène et impliquait de fréquents déménagements, y compris le mobilier, du linge, de la vaisselle...

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